Je crois que tout nous arrive pour une raison. Paul Eluard lui-même affirmait : Il n'y a pas de hasard, il n'y a que des rendez-vous. Cette après-midi, dans un parc, sous un soleil éblouissant, sous cette douce chaleur qui nous avait tant manqué, cette dame. Nous l'avons vue pour la deuxième fois.
La première fois ? Une amie et moi, dans une petite boutique de donuts, savourant chacune le nôtre devant la vitre. Les passants défilent et nous parlons et une dame arrive, devant nous. Elle nous regarde, elle sourit. Elle hoche la tête comme pour dire : "C'est bien, vous profitez, profitez de ce moment." Elle est grande, mince, élégante. Elle est élancée, ses longs cheveux grisonnants lâchés, un chapeau lui couvrait la tête, des lunettes de soleil. Nous n'avons pas échangé une parole, la vitre nous séparait et pourtant, c'est tout comme. Ses gestes ont parlé pour elle, son regard a tout dit. Elle souriait avec son cœur. De ces personnes si rares, elle en fait partie. Elle respirait la légèreté, la sérénité, son visage rayonnait de bonheur. Comme si, justement, ce bonheur, elle l'avait trouvé. Comme si la Vie lui avait appris, comme si elle avait compris ce que nous sommes tous venus chercher : le bonheur. Comme si, elle, elle avait trouvé la réponse.
Aujourd'hui il fait beau et nous sortons, deux amies et moi. Ce jardin ensoleillé, nous sommes assises sous un kiosque à musique et nous discutons de ces choses futiles et essentielles, de ces petits rien qui font tout. Mon amie se retourne et, justement, elle la voit. Je me tourne et je la vois aussi, cette dame au sourire du cœur. Nous l’apercevons, mais elle non. Toujours aussi élégante, elle porte cette fois un pantalon ample pour les beaux jours, un haut clair et son chapeau et ses longs cheveux flottent derrière elle dans cette brise printanière.
Quelques minutes plus tard, nous nous levons et nous promenons dans le parc. Téléphone dans les fleurs, photos, clic ! Absorbées par nos photos et nos fleurs, nous sommes surprises. La dame marche dans notre direction et nous tend, en souriant, trois petites fleurs qu'elle devait avoir cueillies à peine quelques secondes plus tôt. "Trois fleurs pour trois jolies filles." On la remercie, on n'en revient pas. Nous la regardons partir, sourire aux lèvres.
Une gentillesse pareille, c'est tellement rare ! On les a posées puis nous avons repris nos photos. Je regrette, parce que je voulais lui donner, moi aussi, d'autres fleurs, plein de fleurs, pour la remercier, pour lui donner un peu de ce soleil qu'elle nous a donné, de manière si pure, si douce, si présente. Mais je ne l'ai pas fait. Alors bien sûr, on se rattrape après : on cueille des fleurs, une dizaine, de toutes les couleurs ! Mais aucune dame en vue. Nous avons eu beau la chercher, elle s'était comme volatilisée. Ces fleurs, on les a données à une dame âgée, elle était ravie. Ces yeux brillaient de ces étoiles qu'on voudrait voir plus souvent.
Alors si nous n'avons pas pu retrouver cette dame, était-ce pour apprendre ? Je pense que nous devons apprendre à être. A être dans le moment présent, à ressentir, à rencontrer l'autre. A accepter cette invitation de la Vie, à accepter cette rencontre, cet instant de vie : qui sait quand il reviendra ? Peut-être jamais. Nous n'avons pas eu l'occasion de retrouver cette dame. Peut-être la reverrons-nous un jour, peut-être pas. Peut-être la rencontre s'est déroulée de cette façon parce qu'elle ne pouvait pas être autrement, peut-être devions-nous apprendre. Apprendre à être là, maintenant. Ce fameux hic et nunc.
Il est de ces rencontres faites pour une vie, faites pour partager un bout de chemin avec nous, faites pour un instant, pour cet instant de Vie si futile, si fugace, si léger. Et pourtant si fort, si beau, si intense. Il est de ces regards que l'on regarde encore, de ces sourires qui restent, de ces battements de cœur qui continuent de battre au rythme du notre. Il est de ces personnes qui ont dit oui à la Vie, qui ont accepté cette invitation au bonheur, à cette légèreté de l'être, à ces instants de vie. Cette personne, aujourd'hui, c'était cette dame. Aujourd'hui, le battement de mon cœur, c'était les fleurs, ce sourire si lumineux, ces yeux si pétillants, ce cœur si pur, si léger, si heureux. Aujourd'hui, mon battement de cœur, c'était elle.
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