C’est quoi, le bonheur ?
Parfois je me regarde et je me dis : je vais y arriver. Rien ne me semble insurmontable, tout me semble possible. Mais alors, pourquoi ces doutes reviennent-ils aussi vite qu’ils étaient partis ? N’aurais-je pas le droit, moi aussi, de faire confiance à la vie ? N’aurais-je pas le droit, moi aussi, de vivre cette vie que je suis si bien capable de rêver ?
Parfois c’est juste là, tout près et parfois, c’est loin, là-bas. Du rêve au cauchemar, nous faisons de notre vie ce que nous voulons, et force m’est de constater que cette phrase est particulièrement vraie.
Je pense que nous devons prendre nos responsabilités. Je pense que tout nous arrive pour une raison, le meilleur comme le pire. Je pèse mes mots. Le meilleur, et le pire. Je pense que tout est une question d’énergie et que, si nous voulons quelque chose et que nous nous en donnons les moyens, alors cette chose se réalise.
Je n’écris pas ces phrases qui peuvent sembler banales et communes juste pour faire comme tout le monde. Ça, je m’en moque bien. Ce qui compte, c’est ce que je retiens de mes expériences et de ce que la Vie a pu me donner jusque-là. Et pour l’instant, elle m’a donné autant de bon que de mauvais. Autant d’opportunités que j’ai su saisir que d’opportunités que j’ai laissé passer, autant de tristesse et de peine que de blessures à l’âme.
Il n’y a pas si longtemps de cela encore, je rejetais la faute de tout ce qui m’arrivait sur les autres. Sur la vie. Non, ce n’est pas de ma faute, c’est la faute d’untel, de la météo, des astres qui n’étaient pas alignés au bon moment, de cette personne qui n’a pas réagi de la bonne manière, de cette décision qu’elle a prise et qu’elle n’aurait pas dû. C’est la faute de tout le monde et de personne, mais sûrement pas de la mienne. J’ai pensé de cette façon pendant des années, trop peut-être, et je me rends compte aujourd’hui que j’ai perdu un temps précieux : un temps où le bonheur m’a tendu la main mais où je lui ai tourné le dos.
Oui, je n’ai pas su voir le bonheur quand bien même il était tout près de moi, sa tête reposant doucement sur mon épaule. Il a fait tout ce qui était en son pouvoir pour attirer mon attention et me faire réaliser de tout ce à quoi je renonçais et, aveugle que j’étais, je marchais tête basse. Je ne savais pas où regarder, parce que j’avais peur du bonheur. Alors oui, aujourd’hui je me pardonne, et oui, je reconnais avoir eu peur du bonheur.
Plus précisément, j’ai eu peur d’être heureuse. Il y a quelques années de cela, j’aurais eu bien du mal à te donner ne serait-ce qu’un seul souvenir heureux, qu’un seul moment où j’aie ressenti de la joie. Je n’exagère pas. J’étais tellement loin du bonheur qu’il n’a pas voulu marcher à mes côtés, et c’est ma faute. J’aurais pu, j’aurais dû. Trop tard pour les regrets.
Tout ça pour dire quoi ? Tout ça pour dire que je prends conscience, de mes vingt-et-une petites années, que la Vie est un putain de cadeau. Qu’elle est ce putain de cadeau qu’on peut ouvrir et déballer et savourer chaque nouveau jour, et qu’elle est trop belle pour qu’on la gâche.
Tous les matins, il y n’y a encore pas si longtemps de ça, je maudissais chaque nouveau jour. Je maudissais ce soleil qui se levait, encore et encore. Parce que ma vie était vide, n’avait pas de sens, je voulais disparaître, tout oublier. Aujourd’hui, je ne vais pas mentir : je ne me lève pas en chantant que le monde est merveilleux et tout rose et tout beau, de même que je ne me lève pas en maudissant mon cœur de continuer de battre. Non : je me lève, je râle un peu, je fais ma petite routine, et hop je file au travail. Mais je prends quand même conscience d’une chose : tout est éphémère, rien n’est fait pour rester. Oui c’est chiant, oui ça me coûte, mais oui ça en vaudra la peine, mais oui il y aura une fin, mais oui tout va bien finir par se terminer. En prenant conscience de ce temps qui défile plus vite que mon avenir, j’essaie d’être plus…cool. Ouais, facile à dire, surtout que personne ne voit la différence, même moi. Mais j’essaie de voir le côté positif, de l’inventer quand mes yeux ne le voient pas. Et ça aide.
Tout ça pour dire quoi ? Tout ça pour dire que tout est une question de point de vue. A ceux qui diront que la Vie c’est de la merde, tu leur diras d’ouvrir les yeux. A ceux qui diront qu’ils n’ont pas d'argent et que le monde est nul, tu leur diras de remuer ciel et terre pour trouver un travail. Ça me fait penser à un truc.
J’ai déjà travaillé en tant que caissière et l’une d’entre elle se plaignait à longueur de temps. La trentaine, enrobée et drôle quand elle le voulait, rien ne l’empêchait de râler. Oh putain, je suis pressée que la journée se termine, là ! Encore une journée de merde, puis elle m’a cassé la tête, l’autre, là. Puis l’autre cliente, t’as vu comment elle m’a parlé ? J’ai pas eu toutes mes pauses aujourd’hui, elle abuse la cheffe ! Alors je lui ai demandé de but en blanc : Pourquoi tu ne changes pas de travail si ça ne te plaît pas ? Écoute bien sa réaction : elle n’a même pas été surprise par ma question. Elle m’a regardée puis a commencé à me baragouiner un truc du genre : Oh non, mais c’est pas ça, c’est juste que c’est une mauvaise semaine, c’est comme ça, puis de toute façon c’est bientôt les vacances alors ça va le faire. Bah tu vois, cette dame, elle ne sera jamais heureuse. Jamais le bonheur ne viendra poser sa tête sur ses épaules, jamais il ne marchera à ses côtés. Parce que d’un côté, même si cette dame se plaignait, elle se complaisait : elle trouvait une forme de réconfort dans son malheur, dans son quotidien « de merde ». Elle ne l’aime pas, mais elle aime s’en plaindre, ça lui donne une certaine légitimité.
Cette dame, j’ai eu envie de la secouer par les épaules. Je voulais lui crier qu’elle perdait son temps et qu’elle gâchait sa vie, mais je me suis rendue compte qu’elle était tellement dans son monde qu’elle n’aurait rien voulu entendre et aurait tout nié en bloc. Quand sa vie touchera à sa fin et qu’elle se repassera le film de sa vie, alors là, seulement là, elle se rendra compte de sa bêtise. Elle se rendra compte qu’elle n’a pas ouvert le cadeau que la Vie lui avait offert. Elle se rendra compte qu’elle l’a piétiné chaque jour de sa vie, chaque fois qu’elle râlait sur son quotidien. Et là, elle comprendra. Elle comprendra qu’elle avait toutes les cartes en main pour marcher aux côtés du bonheur, pour lui tendre la main.
C’est ça que je veux que tu comprennes. Qu’un jour, tu regarderas ta vie avec des jumelles, de très loin. Tu te repasseras le film de ta vie et tu réaliseras avec effroi que tu as piétiné le cadeau de la Vie ou alors, et je l’espère, tu réaliseras que tu as accueilli et déballé et savouré ce cadeau de la Vie.
Alors tu le vois, ce paquet de cartes ? Tu vois ce joker, cet as ? C’est le putain de cadeau que la Vie t’a offert. Tu as toutes les cartes en main, et t’en fais ce que tu veux. C’est ça, la Vie.
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