Je ne vais pas le prétendre, ces pensées ne sont pas issues de mon imagination. Vécus, vus, ces mots sont ceux qui reposaient sur mes lèvres depuis bien trop longtemps. Ce sont les mots qui brûlaient peu à peu mes lèvres et mon cœur alors, pour continuer à vivre, j'ai dû les écrire. Ces mots ne racontent pas n'importe quelle histoire. Ils racontent l'histoire que j'ai vue, que tu as pu, toi aussi, voir, entendre. Ils racontent l'histoire d'une amie qui t'a peut-être confié ses mots, son histoire à elle. Que tu t'y identifies ou pas, ces mots sont autant salvateurs que destructeurs.
La violence.
La violence d’un amour si fort, si dur, si toxique. Parce qu’on croit aimer, on pardonne. Parce qu’il te dit que c’est la dernière fois, tu crois que c’est la dernière fois. Les blessures, la violence. Tu pardonnes. Tu pardonnes parce que tu aimes ce cœur, tu aimes ce que tu crois connaître de lui. Autant de promesses que de coups, autant de promesses que de cicatrices. Putain de cicatrices au cœur. Celles-là, rien ne pourra les réparer. Il t’a brisé, il ne s’en veut pas, il en veut à cet idéal. Parti, envolé. L’idéal amoureux n’est plus. N’a-t-il jamais existé ?
Pourtant au début, tu y croyais. Les nuits passionnées, les fleurs, les mots doux, ces caresses à l’âme que tu croyais éternelles. Elles n’étaient que temporaires, elles cachaient la vérité de l’âme la plus salie, la plus cruelle. Il a cassé, détruit, brisé. Tu as entendu, écouté, pardonné. L’amour était là sans être là. Il apparaissait le temps d’un instant, il disparaissait avant que tu ne puisses l’attraper. L’amour, si fragile, si puissant. C’est cette violence, cette affreuse violence qui a tout détruit sur son passage, qui se devait de tout ravager pour s’en aller, enfin. Enfin non. Elle revenait, toujours plus forte et plus douloureuse et plus destructrice. Pourtant à chaque fois, tu recollais de tout ton amour les morceaux du vase. Du vase brisé, mais que tu t’obstinais à réparer.
Tout était prévu. Tout devait arriver, car rien n’arrive pas hasard. Paul Eluard lui-même affirmait : « Il n’y a pas de hasard, il n’y a que des rencontres. » Cette rencontre, tu t’étais dit que c’était celle que tu attendais : attentionnée, passionnée, déterminée. Déterminée à t’aveugler de cet amour que tu accueillais bras ouverts, cœur ouvert. Tu as tout fait pour te protéger, pour nous protéger. Tu nous as donné ton cœur, ton amour, mais la violence s’est invitée.
Tu nous as protégé de ces mots qui t’ont brisée, mais ils m’ont brisée avec. Brisée, tu l’es, je le suis, nous le sommes. Tous. Putain de violence qui aura tout gagné. Putain d’absence, putain de douleur que personne ne devrait connaître. Personne. Mais on l’a vue. On a tout vu. Les vases brisés, les télévisions cassées, les insultes fuser, les cris se répercuter sur les murs, les poings s’éclater contre ces murs, les portes se claquer, les fenêtres se briser, les sirènes hurler. Putain de violence qui a tout ravagé. Et puis, le silence. Ces mots qu’on ne peut plus prononcer, ces regards qu’on ne peut plus donner, qu’on ne peut plus soutenir, cette présence qu’on ne peut plus supporter, ce cœur qu’on ne peut plus aimer. Pourtant ce cœur, il faisait tout pour se faire aimer. De ses battements il voulait réparer les vases, les télévisions, effacer ces insultes, ces cris, ces poings, réparer ces portes, ces fenêtres. Il voudrait que tu aies imaginé ces sirènes. Il voudrait que tu les oublies parce qu’au fond, c’est toi qui as tort. C’est de ta faute, toujours. Cette plaie ? Il prend son couteau et l’ouvre et y enfonce ce couteau de toutes ses putain de force. Jamais réparer, toujours briser. Toujours briser.
Mais si cette histoire c’est la vôtre, si cet amour est le vôtre, alors dis-moi. Dis-moi pourquoi c’est moi qui pleure. Pourquoi c’est moi qui pose des mots sur cette douleur qui te ronge, qui le ronge, qui me ronge. Pourquoi la violence gagne ? Que fait-on de cet amour ? Te résignes-tu à y croire ? Moi, je ne veux pas. Je ne veux pas croire à cette violence, je ne crois qu’à ce cœur violent, qu’à cette âme salie, qu’à cette histoire brisée. Je veux croire aux cœurs purs, à cet amour dont on nous conte les plus belles des histoires. Je veux croire à ces histoires heureuses.
C’est dur, tu sais. De se lever, de te croiser, de te regarder. Quand je te regarde, je vois. Je vois la violence qui a terni ton âme. Le pire, c’est que j’y vois aussi ta peine, ta tristesse, ce pardon qui frôle le bout de tes lèvres. Je voudrais tant que tu le prononces, mais tu ne le feras pas, parce que tu ne sais pas, tu ne sais pas la façon dont tu nous as brisés, tu ne sais pas. Tu ne sauras jamais et tu t’en mordras les doigts. Ton cœur en souffrira, mais ce sera trop tard. Parce que tout était prévu. Tout devait arriver, car rien n’arrive par hasard.
Tu m’as brisée, moi aussi. Je n’aurais pas dû entendre, voir, subir ces mots, ces cris, ces regards. L’amour, tu l’as fait fuir aussi loin que possible. Comment veux-tu ne pas briser ceux que tu dis aimer ? Ne crois-tu pas que j’ai mal, moi aussi ? Comme on aurait aimé que tu nous connaisses, que tu sois là, que tu nous aimes. Mais tu ne nous connais pas, tu n’étais pas là. Nous aimes-tu ? Au fond, sûrement. Il y a d’autres manières de le montrer. Par ta faute, je pleure et ne peux pas donner ma confiance comme je l’aurais aimé, je ne peux pas dire, je ne peux pas. A cause de toi. C’est vôtre histoire. Mais c’est moi qui pleure. Cette cicatrice sur le cœur, j’y pense tous les jours. Je t’ai pardonné, mais je n’oublie pas. Je n’oublie pas tes mots, ton absence, ta violence. Je t’ai dit que ce que je pensais parce que tu le méritais, parce que je n’en pouvais plus. Croiser un putain d’étranger jouer aux jeux vidéos pas même foutu de mettre la table et préparer à manger pour sa famille. Dire bonjour à cet inconnu qui ne sait rien de mes passions, de ma vie, de moi. Alors oui, je t’ai balancé ces mots qui me brûlaient les lèvres depuis toutes ces années, tant pis si tu m’as fait mal, tant pis si tu n’as pas aimé, tant pis pour les conséquences. J’ai parlé, mais c’était nos mots à tous. Mais les tiens, ceux que tu m’as violemment lancés au visage, je ne les oublie pas. C’est ma cicatrice. Ton regard, empli de haine et de colère et de dégoût, je ne l’oublie pas. C’est ma cicatrice.
Tu l’as brisée, tu m’as brisée, tu nous as brisées. Alors oui, après le silence, je t’ai pardonné. Mais je n’oublie pas et tu n’as pas changé. Tu as essayé, mais la violence s’accroche à ton âme comme l’espoir de te voir changer s’accrochait au mien. J’ai été bête. J’ai été bête d’y croire.
Quelques heures plus tard, me voilà de nouveau. J’y pensais. Cette histoire me tient éveillée, pourtant j’aimerais dormir. Ça aussi, tu ne sais pas. Tu ne sais pas les insomnies, les nuits passées à pleurer, les cris de mon cœur. Putain de violence. J’ai espéré, tu sais. J’ai espéré que tu changes. En me disputant avec toi, avec le silence d’une année, je me suis dis que tu changeais. Alors oui, tu as fait des efforts quand tu as vu que tu avais tout gâché avec moi. Pour autant ton âme est toujours salie. Le temps d’un instant, tout s’est amélioré : des rires fusaient dans la maison, des sourires se dessinaient sur nos lèvres. Mais tout est revenu aussi vite que c’était parti. Cris, blessures à l’âme, cicatrices.
J’aurais tant aimé pouvoir dire que je t’aime, que j’oublie, que tu as changé et que je suis fière, mais je ne saurais pas assumer de si gros mensonge. C’est triste mais cette vérité, c’est toi qui me la fais écrire. Ta faute. On est partis, on est revenus, on s’est séparés, on s’est réunis. Rien n’y fait. Le vase est cassé depuis longtemps et vous faites comme si vous pouviez encore le réparer et ça me détruit.
Ça me détruit à petit feu de l’intérieur alors que cette histoire, c’est la vôtre. Mais c’est moi qui pleure et qui ne comprends pas comment on peut rester quand les morceaux sont trop petits et trop nombreux pour être réparés, pour être chéris. Il n’y a plus rien à chérir et ça me bouffe de vous voir ensemble, parce qu’elle mérite mieux, tes insultes elle s’en est remise, tes cris elle s’en est remise, ta violence elle l’a transcendée. Elle a tellement de force mais c’est comme si tu ne le voyais pas, comme si tu voulais toujours avoir plus de miettes de ce vase. Mais tu as déjà tellement brisé ce vase ! Tu as su en trouver d’autres, alors prends-en un autre comme tu sais si bien le faire. Va détruire d’autres vases, mais plus celui-là, car il est tellement précieux et que tu l’as déjà tellement brisé.
Je sais que tu as mal, je ne suis pas bête, aveugle ou naïve. Je suis l’avocate du diable et c’est de l’incompréhension que je lis dans leurs regards, pourtant voici les mots que j’ai jusque-là pu écrire sur toi. Par ta faute, je me sens coupable. Coupable d’avoir cette putain d’empathie surdéveloppée, de pleurer pour toi, de te comprendre, de te défendre parfois. Quand bien même toute cette douleur, tous ces cris, toute cette violence, je sais qu’au moins un morceau de ton cœur n’est pas entaché de violence. A moi, tu me le montres. Parce que putain d’empathie, parce que je vois le bon en toi quand tu ne montres que le mal et la destruction et les ravages. Je crois encore en toi. Je sais que tu souffres et que cette souffrance ne fera que s’intensifier quand tu verras ce que tu as perdu. Quand tu verras ce si beau vase se reconstruire loin de toi, quand tu verras les cœurs que tu as brisés partir et ne plus jamais revenir te voir, ne plus jamais s’approcher de toi. Regrets, pardon, solitude, douleur, tu les connaîtras. Et alors, seulement là, tu sauras. Tu sauras ce qu’est être un vase brisé, et tu t’en voudras et ce sera trop tard alors laisse-nous.
Respectueux, loyal, fidèle. Tu n’as pas su l’être. Attentionné, intéressé, généreux. Tu n’as pas su l’être. Père. Tu n’as pas su l’être. Et j’ai été trop bête. J’ai été trop bête d’y croire.
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