Avoir trop de choses dans la tête, ça me bouffe. Ça me bouffe de l’intérieur et pourtant je n’y peux rien parce que, comme on dit, « c’est la vie ». D'accord, mais ça n’enlève rien au fait que j’en ai marre.
Ce soir, mes pensées me disent que je dois changer. Que j’ai atteint un putain de point de non-retour et ça, merci, mais je le sais déjà. Je sais déjà tout ça et pourtant, tant que je n’aurais pas posé ces mots sur papier, tant qu’ils ne seront pas sortis de ma poitrine, alors ils continueront de me ronger de l’intérieur. Alors me voilà, à extraire la substantifique moelle de ces putains de maux qui me détruisent de l’intérieur.
Moi aussi, j’aimerais bien être comme toutes les jeunes femmes de mon âge. En apparence confiantes, belles, affirmées. Je sais que ce ne sont que des apparences et que nous avons toutes nos failles, pourtant je sens que les miennes sont tellement apparentes qu’elles m’empêchent même de feindre cette confiance que j’envie chez celles qui, peut-être, envient ce je-ne-sais-quoi chez moi. On veut toutes quelque chose qu’on n’a pas, parce que c’est plus simple. Ça nous rend légitime dans notre plainte.
Mais c’est pas ce que je veux. J’en ai putain de marre d’être constamment au bout du rouleau émotionnel. Personne ne le voit, personne ne le sait, et je ne voudrais pas que ça change. Ou peut-être une personne, non pas que je pense à quelqu’un en particulier, mais savoir que quelqu’un connaîtrait ces épines qui me piquent le cœur me ferait du bien, m’en enlèverait au moins une, de ces putain d’épines. Ça fait beaucoup de putain, je sais.
Mais comprends-moi, c’est que j’en ai tellement marre. J’aimerais tellement que tout change. Je sens que j’atteins ce point de non-retour. Je sais qu’il faut que je change. Je crois que j’en ai la volonté. De toutes les manières, j’ai tellement essayé sans tout donner que, désormais, je n’ai plus le choix. C’est une question de vie. J’en ai marre de survivre, il est grand temps que je vive. Je le mérite tellement, après toutes ces années difficiles. Après toutes ces batailles, je sais que la guerre n’est pas encore gagnée mais, crois-moi, c’est tellement dur de gagner une guerre, surtout quand c’est toi contre toi. Parce que tu es tellement forte et tellement faible à la fois, tu es autant ta plus grande alliée que ta plus grande ennemie. Et pour gagner cette guerre, j’ai besoin de croire que je peux être cette alliée, cette amie, qui gagne contre mon ennemie jurée, cette voix de l’enfer qui m’entraîne plus bas que terre chaque fois qu’elle ouvre la bouche. Si elle pouvait ne plus l’ouvrir, ça m’arrangerait.
Je sais, je suis violente dans mes mots, méchante dans mes propos. C’est que la rage me consume. La haine contre moi-même, la douleur de constater que la guerre dure depuis des années et qu’aucune vainqueur n’a encore été déclarée. Il me faut une championne, et vite. Parce que je meurs à petit feu et qu’il n’est pas possible de déposer un beau diamant sur une terre brûlée. Ce serait prendre un trop grand risque. Ce risque, je veux quand même le prendre, car de toutes les manières je n’ai pas le choix : le feu brûle déjà. J’espère juste pouvoir l’éteindre à temps avant qu’il ne ravage les veines les plus fines de mon cœur. Je veux donner une chance à ce diamant de briller. Il le mérite autant que moi, autant que cet ange qui ne demande qu’à vivre, qu’à cet enfant intérieur qui ne demande qu’à danser, chanter et rire.
Je ne demande que ça. Et pour ça, rien de plus simple et de plus compliqué à la fois : je dois me débarrasser du démon qui vit en moi depuis toutes ces années. C’est dur parce que, ce démon, il s’est installé bien confortablement dans mon cœur et ne semble pas disposé à en partir. C’est donc moi qui vais devoir le déloger alors que je n’aime pas chasser les gens. Mais ce n’est pas « les gens ». Mais tu sais, il va me manquer. Je sais, ça peut paraître fou : celui qui me consume va me manquer. Justement parce qu’il ne sera plus là pour me détruire de l’intérieur, et que j’ai peur. J’ai peur que ce soit moi, la vraie moi cette fois, qui prenne le relais et qui me détruise de l’intérieur comme aura si bien su le faire ce putain de démon. Putain de cicatrice. Encore des putain, tu me diras. Je suis désolée.
Mais j’ai tellement mal, j’ai tellement peur, je suis tellement prête et tellement pas à la fois. Je suis tout et son contraire, parce que j’ai peur de croire en moi, j’ai peur de me dire qu’un jour le bonheur viendra frapper à la porte de mon cœur pour me demander de s’y installer. J’ai tellement hâte. Parce que ça voudra dire que j’aurais réussi. Que j’aurais réussi à chasser ce démon, à éteindre le feu, à déposer ce diamant et à inviter le bonheur. J’aurais réussi, tu te rends compte ? De ce que cela représente, après toutes ces années, après toutes ces larmes, après toutes ces cicatrices ? Te rends-tu compte ?
Je sais qu’il faudra de la volonté. J’en ai. Je te promets que j’en ai. Et je vais te le montrer. Je vais te montrer de quoi je suis capable, parce que je le vaux bien. Ça aussi, c’est dur à dire. Parce que j’y crois sans y croire, n’est-ce pas triste comme tout ? D’avoir vingt-et-un ans et de se lamenter sur son putain de sort quand le bonheur est juste à côté de moi et que je ne suis pas fichue d’ouvrir les yeux et de lui tendre la main ?
Moi, je te le dis : si. Si c’est pathétique d’écrire sur sa pauvre vie alors que je suis celle qui a toutes les cartes en main pour être le changement que je veux voir, pour devenir celle que je suis si bien capable d’imaginer, d’inventer et de rêver.
Tu me manques. L’ancienne moi me manque. L’ancienne, celle que je n’ai jamais connue, celle que j’imagine et que je voudrais connaitre plus que tout au monde. Parce qu’elle serait ma joie de vivre, ma raison d’être, ma raison d’exister. Elle serait mon tout, mon battement de cœur, elle serait moi. Moi. Ce battement de cœur. Il faut que je le retrouve.
Je n’accepterais plus de perdre mon temps. Je veux changer. Alors je vais changer.
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