A ce temps qui passe, je voudrais lui écrire quelques mots. Je voudrais savoir. Toutes ces fois où je n'allais pas bien, ai-je perdu mon temps ou bien cette perte était-elle nécessaire, nécessaire pour me faire grandir, nécessaire pour m'apprendre ?
La deuxième partie de la phrase est la réponse en laquelle je veux bien croire. Regarder un passager du train sourire alors qu'on est censés travailler, ce n'est pas perdre son temps. C'est apprendre à vivre, apprendre à contempler la vie sous toutes ses formes et elles se trouvent souvent dans le banal, le commun, l'ordinaire.
Je suis triste et en même temps tellement reconnaissante pour toutes ces années. Ces années à les regarder défiler devant moi sans accepter la main qu'elles me tendaient, sans accepter le câlin qu'elles m'offraient. Ce n'était pas du temps perdu. Ces nuits de larmes, ces nuits de vide, ces nuits de peine. Ces insomnies. Ces disputes. Certes, j'aurais pu tirer les mêmes enseignements que la Vie me voulait transmettre sans passer par tous ces mauvais moments mais, désormais, je suis plus forte. Je suis résiliente. La douleur ? Je lui résiste. La peine ? Je lui résiste. Ces vides, ces incompréhensions ? Je leur résiste. Je résiste tout comme j'accepte. Parce que oui, il faut résister, mais pas dans la force et l'opposition ! Il faut leur résister en les acceptant. Leur résister, c'est accepter leur existence et les laisser glisser sur notre peau sans la pénétrer. C'est accepter de vivre ces chagrins, ces douleurs et ces peines en acceptant leur mauvaise compagnie passagère. En acceptant qu'un jour, joie, sourires et larmes de bonheur couleront sur nos joues. C'est imaginer ces bonheurs aux mille couleurs de l'arc-en-ciel.
Est-ce que les gens voient que je vois la Vie autrement, qu'elle me transperce de ses rayons de lumière et m'éclaire tout entière ? Le voient-ils ? Écouter les paroles de la Vie en contemplant les nuages, le vol d'un papillon ou les champs fleuris de colza, savent-ils le faire ? Savent-ils la beauté de la Vie qui nous regarde chaque jour et nous invite à la rejoindre ? Cette invitation de la Vie, elle est magique. La plupart des gens ne se rendent compte de son existence même que lorsque leur vie touche à sa fin. Ça, c'est perdre son temps. Ou plutôt, c'est l'avoir perdu. C'est ne pas avoir su ouvrir son cœur et accepter l'invitation de la Vie. C'est ne pas avoir souri à ce voyageur alors qu'on travaillait, c'est ne pas avoir su dire oui à la Vie. C'est, par contre, avoir ouvert bien grand ses bras pour laisser problèmes, tracas et obstacles s'y réfugier douillettement. C'est avoir posé soi-même des pierres sur son chemin, c'est avoir fermé et cadenassé son cœur quand il ne demandait qu'à battre au rythme de la Vie.
Je ne sais comment j'ai compris ce que je viens d'écrire, mais je l'ai compris. J'ai compris le sens de tout ça, le sens du réveil et du coucher chaque nouveau soir et chaque nouveau matin. Ce sont des invitations, encore et encore ! La Vie nous en envoie tous les jours, tous les matins et elle continuera de le faire tant que notre cœur continuera de battre ! N'est-ce pas merveilleux ? Ne pourrait-on pas danser de joie à cette seule nouvelle ? Je ne sais pas danser mais, pour remercier la Vie, je peux bien me prêter au jeu, que ce soit sous le soleil ou la pluie ! Je peux sourire à ce voyageur, je peux sourire sans raison dans la rue et je peux me réjouir d'un petit rien. Parce que je décide, chaque matin, de dire oui à la Vie. Trop longtemps, je l'ai empêché non pas seulement de s'approcher de moi, mais aussi de me regarder. Je vivais dans l'ombre, la douleur et le vide. Les larmes, autant accrochées à moi que cinq doigts à une main.
J'ai envie de dire à ma voisine de train que j'ai trouvé le sens de la Vie. Est-ce qu'elle le sait ? Est-ce qu'elle sait qu'il faut qu'elle ouvre son cœur à la vie ? Je meure d'envie de crier sur tous les toits qu'il faut accepter l'invitation de la Vie, j'en ai tellement envie ! Ouvrir les yeux des gens, si seulement j'avais assez d'une vie pour éveiller tous ces cœurs, tous ces sourires et tous ces regards ! Je sais que je fais partie de cette toute petite minorité de personnes ayant conscience d'avoir entre les mains ce diamant inestimable qu'est la Vie, je le sais.
Survoler les maisons pour les saupoudrer de vérité et de sagesse, quoi de plus beau ? Bon, c'est un peu utopique, alors je me contente du pouvoir des mots sur ces pages pour illuminer. Pour illuminer, le temps de ta lecture, ta journée. Si mes mots peuvent être utiles ou simplement apaiser, aider ou révéler, alors qu'ai-je à perdre ! Nous avons tous notre pierre à apporter, ce petit quelque chose à partager au reste du monde qui nous rend si unique. Les miens, ce sont mes mots, ma sensibilité, ma lucidité sur le monde, les autres, la Vie. Je ne sais pas tout, mais je comprends, j'observe, je chante le monde quand on ne peut pas le chanter pour moi. Alors trouve ce petit quelque chose qui te rend si unique et partage-le, donne-le à ceux qui en ont tant besoin. Le temps, ce diamant de la Vie, est dans nos mains chaque jour. S'il tombe, tout est fini. Et tu ne sais pas quand ce diamant peut tomber. Alors honore-le du mieux que tu peux tant que tu le portes dans ta main !
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