A ces rencontres qui nous changent, à ces souffles de vie qui alignent les étoiles en notre faveur, je veux écrire. Je veux écrire la Vie. Pour la remercier, pour lui dire mon battement de cœur. Trop nombreuses sont les personnes ignorant cette Vie, la Vie. Alors qu'elle est là, juste là, sous nos yeux.
Raymond Carver écrivait :
"Il est temps que je change ma vie. Cette vie qui n'avance pas et ne mène à rien. Je veux plonger mes mains dans l'eau claire comme le faisait mon père."
Il a compris. Il a compris qu'une vie qui "n'avance pas et ne mène à rien" ne remplit pas son cœur de ce bonheur que nous recherchons tous si profondément. Seulement, nous le cherchons au mauvais endroit. La société consumériste et superficielle dans laquelle nous vivons veut nous ôter ce souffle de vie. Dénaturés de notre personne, déconnectés de notre âme, cette société ne cherche rien d'autre que nous éloigner de ce que nous sommes réellement, de nos besoins, de nos envies, de nos désirs.
Pour elle, nous devons être superficiels et ne vivre que pour ce superficiel. Argent, matériel, possessions. Le système dans lequel nous vivons veut déplacer notre bonheur vers ces choses vides de sens pour que nous contribuions à renforcer ce système de notre plein gré. Manipulation, consommation, trompe-l’œil. Les causes les plus justes, les plus humaines, celles qui devraient être le cœur de nos préoccupations ? Évincées, oubliées, inexistantes. Le système politique, économique et social font tourner notre monde à l'envers. La Vie, ce n'est pas ça. La Vie ne veut pas de ce monde. La Vie veut le monde. La Vie veut que nous chantions notre joie et notre amour et notre bonheur.
Raymond Carver a donc tout compris. Il a compris que le bonheur de son existence se tient juste sous ses yeux. Il n'a plus qu'à les ouvrir. Dans cette volonté de plonger ses mains dans l'eau claire, il veut retourner à ces petites choses simples du quotidien. Ce sont les plus insignifiantes, les plus faciles, les plus belles. Elles sont la Vie.
Cette prise de conscience, cette volonté d'être et d'exister est magique. Se reconnecter à soi pour écouter battre le cœur de la Vie, c'est avoir compris sa raison d'être. Plonger ses mains dans l'eau claire, sourire à cet inconnu dans la rue, écrire une lettre à cet être aimé, c'est dire oui, oui je suis en vie, oui je chante la Vie, oui je suis heureux de chaque moment que je passe. Oui, je suis moi. Non, je ne consomme pas ces valeurs superficielles, non je n'achète pas l'inutile, non je ne perds pas ma vie à la gagner. La richesse de l'homme est d'avoir cette force de retourner à son essence et de prendre conscience que cette promesse éternelle selon laquelle nous devons nous lever chaque matin pour gagner notre vie afin, lorsqu'elle sera terminée, d'avoir cette liberté tant attendue, est une promesse inventée de toutes pièces. Nous faire croire que nous ne sommes pas libres, nous enfermer dans ce système jusqu'à ce que nous nous croyions enfermés, c'est apprendre à mourir et non à vivre. C'est accepter de faire tourner le monde à l'envers.
Si seulement. Un monde refait avec des "si", ce serait un monde parfait. Est-il donc condamné à n'être qu'utopique ? Si nous avions tous conscience que notre monde tourne à l'envers, alors tout rentrerait dans l'ordre. Nous nous croyons enfermés, condamnés et déterminés quand nous sommes en réalité libres comme l'air. Libres de plonger nos mains dans l'eau claire, libre de ne plus aller faire ce travail si éloigné de notre mission de vie, libre d'aller aimer avec tellement de force cette personne que nous n'avons jamais osé aimer. La serrer dans nos bras jusqu'à ce qu'elle en éclate de rire. Ces éclats de rire. Nous devrions les entendre tous les jours, les provoquer à chaque instant et non les savourer tant ils sont rares. Ces éclats de rire, c'est toi. C'est moi. C'est la Vie.
Et j'ai eu tendance à me perdre. A ne voir que ce que je voulais voir, à ne faire que ce que l'on attendait de moi. Je vivais pour les autres. Alors, désormais, je plonge mes mains dans l'eau claire. La Vie, je la ressens. Elle coule dans mes veines, se pose sur mon épaule et me regarde dans les yeux. Oui, je vis. Il ne manque plus que toi.
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